Interview Thierry Charreteur Agachon Tranquille

Publié le par Ligue Bretagne Pays de Loire - FNPSA

Interview Thierry Charreteur Agachon Tranquille

Interview de Thierry Charreteur membre actif de L' Agachon Tranquille

Peux-tu te présenter en quelques lignes ?

J’ai 47 ans, j’habite à Bourg-Blanc, je suis licencié au club l’Agachon Tranquille depuis 2001 et moniteur MF1 de chasse sous-marine depuis 2010.

Je suis responsable de la section loisir et encadre avec neuf autres moniteurs les entraînements piscines (2 par semaine), j’organise également les sorties et les bivouacs du club avec mes amis Didier Nedelec et Marc Lescop.

Depuis combien de temps pratiques-tu la chasse sous-marine et comment y es-tu venu ?

Pendant mon enfance, j’ai passé une grande partie de mes vacances au camping de St GONVEL à ARGENTON avec mes parents.

Je passais beaucoup de temps dans l’eau, équipé d’une paire de palmes et d’un masque pour observer les poissons à partir de la plage de GWEN TREZ.

Je m’étais même fabriqué une foène avec un morceau de bambou et une pointe de charpentier, mais je n’ai jamais rien pris avec…

C’est à partir de 16 ans que j’ai vraiment commencé la chasse sous-marine lorsqu’un cousin m’a prêté, pour un été, son matériel de chasse sous-marine.

Vers où vas-tu chasser le plus souvent ?

En fait, cela dépend du poisson que je recherche et de la météo du jour.

Je vais chasser le plus souvent dans le goulet ou sur les pointes du secteur de CAMARET et CROZON pour le sar, bar et dorade.

J’aime beaucoup aussi sortir sur la côte nord sur le secteur de l’Aber Wrac’h ou sur Ouessant pour traquer le lieu.

Es-tu plutôt bateau, planche?

Je pratique les deux, cela dépend surtout du temps dont je dispose.

J’aime les sorties palmes pour le côté physique que cela demande, si le poisson est peu présent sur le secteur choisi, il faut alors s’adapter et se déplacer à la force des mollets pour essayer de découvrir où il se trouve.

Elles sont également plus simples à organiser et demandent moins de temps, c’est le type de sortie que je fais plutôt le soir après le travail.

J’affectionne beaucoup le secteur du DELLEC pour ce type de sortie, on peut y trouver de tout (Mulet, bar, lieu, dorade, sar, rouget…) et pratiquer la chasse en dérive de pointe à pointe.

Les sorties bateaux permettent d’agrandir mon champ de prospection et d’explorer des sites du large inaccessibles ou impraticables à la palme à cause du courant, cela permet aussi d’être plus mobile et de prospecter plusieurs spots dans la même sortie (4 ou 5 en moyenne).

Par contre, je ne chasse jamais en kayak, mais j’aimerais bien essayer.

En moyenne, la durée de tes sorties ?

Une sortie palme, c’est entre 3 et 5 heures; pour une sortie bateau, c’est généralement la journée.

Environ combien de sorties par an ?

Approximativement, une trentaine.

Quelle technique pratiques-tu le plus souvent et ta chasse préférée ?

Je chasse le plus souvent à l’agachon dans le courant, mais aussi à l’Indienne pour traquer le sar ou le bar, je pratique également la chasse à trou, essentiellement pour la recherche de crustacés et occasionnellement lors des compétitions en dehors du département, le poisson chez nous ayant peu tendance à s’en-raguer.

Ton poisson préféré ?

Le SAR, bien que ce ne soit pas celui que je préfère dans mon assiette.

Avec ce poisson, le mot ‘’chasse’’ prend tout son sens, surtout sur le secteur des Tas de Poids où il faut être très rusé et discret pour réussir à le surprendre.

Selon toi quel est le fusil idéal pour la chasse sous-marine en Bretagne ?

Je chasse le plus souvent avec un tube de 100, il me permet d’avoir à la fois la maniabilité et l’allonge nécessaire pour épingler les poissons méfiant quand l’eau est claire sur des secteurs comme Ouessant.

Cependant, j’ai toujours à portée de main un tube de 85 quand le courant est trop fort ou l’eau vraiment sale.

La profondeur moyenne à laquelle tu évolues ?

Je chasse généralement entre 15 et 20 mètres, mais je peux pousser plus profond s’il le faut, cependant au-delà de 25m cela devient plus compliqué, j’ai tendance à être trop plombé et cela pose problème... il faut que je corrige ce défaut.

Suis-tu un entrainement particulier pour te maintenir en forme ?

Je nage en piscine, entre 3 et 4h par semaine pour une distance totale de 6 à 8 km de septembre à mai, l’été je nage plutôt en mer entre les sessions de chasses.

J’essaye également d’aller courir 1h tous les week-ends quand le temps le permet.

Ton plus beau souvenir en chasse ?

Il y en a plusieurs, mais si je devais en retenir un seul, ce serait sans doute celui-là, même si la pêche en elle-même n’était pas si extraordinaire ce jour-là.

C’était il y a quelques années lors d’une sortie au raz de Sein, au mois d’avril, avec mon ami Didier QUENOUILLERE, le début de la sortie était plutôt moyen avec peu de vie malgré une bonne visibilité, ce fut le pilote du bateau qui remarqua en premier le manège des oiseaux qui tournoyaient au-dessus de l’eau, arrivé à leur niveau, nous nous sommes rapidement et discrètement mis à l’eau, une fois la tête sous la surface, ce fut magique : défilant 2m sous nos palmes, un banc ou plutôt un tapis de bar en rang serré à perte de vue, tous maillés entre 1.5kg et 2kg.

Nous en avons tiré un chacun avant que l’arrivée d’un ligneur ne vienne rompre la magie et nous contraigne à abandonner la partie.

Je n’ai jamais revu un tel spectacle depuis.

Ton plus mauvais souvenir ?

Je n’en ai pas vraiment, pourvue que ça dure… Cependant, même si ce n’est pas vraiment un mauvais souvenir, il y en a un qui m’a marqué plus que les autres, au sens propre comme au figuré…

C’était lors d’une sortie au Tas de Poids avec mes amis Didier Nedelec et Tophe la Roche.

Nous avions convenus de contourner chacun de notre côté, le tas de poids ouest pour chasser le SAR et de nous retrouver de l’autre côté pour faire le point.

La mer, ce jour-là, était bien agitée et l’eau assez sale, le poisson était bien présent, mais avait un comportement inhabituel, car une fois surpris, il avait tendance à revenir dans les palmes plutôt que de fuir comme à l’habitude, ce qui facilitait grandement la chasse.

Arrivé de l’autre côté du rocher comme convenu, je vis à ma grande surprise mes deux coéquipiers sur le bateau me faisant de grands signes et juste au ras de la coque un aileron qui s’agitait lorsque les collègues essayaient de le toucher…

Stupeur… un requin ?

Non, c’était le fameux dauphin ‘’Jean FLOCH’’, qui à l’époque, défrayait régulièrement la chronique locale et qui avait décidé de nous rendre visite.

Pas trop rassuré de me trouver dans l’eau avec des poissons à la ceinture à proximité d’un dauphin, je décidais de remonter rapidement dans le bateau, mais c’était sans compter sur le facétieux mammifère qui avait une fâcheuse tendance à chiper tout ce qui ressemblait à une rame, car au moment où je tendais mon arbalète aux collègues, l’animal se faufila entre moi et le bateau en donnant un grand coup de rostre à deux reprises dans le tube du fusil manquant de peu de me l’arracher des mains.

Une fois au sec et remis de mes émotions, la tentation de réaliser un de mes rêves de gosse ‘’ nager avec un dauphin ’’ fut plus forte que la raison.

Je me suis donc remis à l’eau, au grand dam de mes coéquipiers, après avoir pris soin de laisser à bord mes poissons et mon arbalète.

L’animal de près de 250 Kg, me fit alors une succession de sauts digne du Grand Bleu à quelques centimètres seulement du masque, un peu trop turbulent à mon goût, je décidais alors de remonter dans le bateau, il me gratifia à ce moment-là d’un magistral coup de rostre dans le mollet qui me laissa un bel hématome pendant une semaine…Quand je vous parlais d’un souvenir marquant… !

Didier m’expliqua par la suite qu’au moment de remonter l’ancre du bateau, l’animal prit un malin plaisir à enrouler la ligne du mouillage autour de l’embase du moteur laissant le bateau dérivé dangereusement près des rochers sans possibilités de manœuvrer… Un grand moment de solitude… Et un souvenir très fort.

Ta plus belle prise selon toi ?

Un Pagre de 2,7Kg pris par 22m en rade de Brest l’année dernière, même si ce n’est pas le plus gros poisson que j’ai pêché c’est à mon avis l’un des poissons les plus difficiles et les plus rares à chasser dans la région.

Qu'est ce qui te ferait rêver actuellement ?

Pêcher un très, très, gros lieu sur Ouessant…

Quelle prise préfères-tu avoir dans ton assiette ?

Il y en a plusieurs : j’adore le lieu cuit à la vapeur avec une bonne mayonnaise, le bar en croute de sel ce n’est pas mal non plus, mais le top du top ce sont des filets de rouget barbet, grillés à la poêle, accompagnés d’une bonne salade au vinaigre balsamique et de toasts grillés recouverts d’une tapenade d’olives noires… un délice !

Une recette piochée dans la rubrique «Cuisine» du regretté APNEA.

Depuis combien de temps pratiques-tu la compétition et comment y es-tu venu ?

Je ne suis pas, à proprement parler, un accro des compétitions même si j’aime beaucoup ce type d’épreuves, je m’y suis mis lors de mon inscription au club et j’essaye d’y participer dès que je peux.

Mais j’y vais avant tout avec l’objectif de partager un bon moment entre amis plutôt que de viser une place sur le podium, ceci explique sans doute mes piètres résultats….

Mon meilleur classement est une troisième place au trophée Laurent FLOCH en 2008 avec mes coéquipiers de l’époque: Marc LESCOP et David CARREGA.

D’après toi pourquoi peu de jeunes du club s’oriente vers la compétition ?

Lors des entrainements piscine, je vois essentiellement deux profils de chasseurs :

  • Les débutants généralement très jeunes avec peu ou pas d’expérience, qui s’inscrivent essentiellement pour découvrir la chasse sous-marine et ses techniques.
  • Les expérimentés qui ont déjà un niveau correct et qui viennent pour progresser et rechercher des coéquipiers pour éviter de sortir seuls.

Les premiers restent généralement peu de temps, un an ou deux et s’investissent peu dans le club, paradoxalement ils participent peu aux sorties.

Ont les voient rarement aux compétitions, car je pense qu’ils en ont une idée élitiste, ce qui n’est évidemment pas le cas.

Le fait de s’investir peu dans le club fait qu’ils ont également plus de mal à trouver un coéquipier pour participer à ce genre d’épreuve.

Enfin, pour certain il y a peut-être également un manque de moyens financiers pour investir dans du matériel performant malgré les efforts déployés par les fabricants pour s’équiper à des prix raisonnables.

Je pense avant tout, qu’ils viennent au club pour apprendre la chasse sous-marine, la compétition venant par la suite lorsqu’ils ont acquis un niveau correct.

Les seconds, généralement plus âgés, sont beaucoup plus actifs au sein du club, ils participent volontiers aux sorties et à la vie du club en général et débutent généralement la compétition en participant à celles organisées par le club.

Interview Thierry Charreteur Agachon Tranquille
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